vendredi 4 mars 2011

Vive les vacances!


Des vacances d'hiver au printemps, fallait le faire, tant pis pour les skieurs et tant mieux pour nous, les grimpeurs. Il faut dire qu'avec nos médias qui nous inondent de reportages alarmistes sur les conséquences du réchauffement climatiques, il faut bien admettre que l'escalade est un sport d'avenir à contrario du ski qui se pratiquera bientôt sur des cailloux et avec des roulettes. Mais non, ignorants, il y a tellement d'argent en jeu que les stations ont prévu le coup et investi depuis belle lurette dans les canons à neige pour satisfaire à la demande de tous ces cons prêts à payer 50€ par jour pour aller s'entasser dans les files d'attente des remontés mécaniques, histoire de retrouver leur quotidien morose. Enfin, LaCombe pratique uniquement le ski de fond et est bien contente de ne pas voir cette population huppée sur les beaux domaines de nordique de nos petites stations favorites.

Ainsi, dès l'arrivée du GrosGui en terre savoyarde, nous partîmes à la Feclaz profiter du fartage minutieux et graphité pour une mise en jambe douloureuse et éducative. SoSo me jeta tout son venin pour venir à bout des 20 km de la grande boucle, mais gardera une certaine fierté d'y être parvenue malgré des conditions de glisse médiocre. Nous profitâmes, le lendemain, d'une journée neigeuse pour rendre visite aux Köppel dans leur magnifique chalet d'Hauteluce avant d'aller vérifier que faire du skating dans la poudreuse c'est comme branler une mouche avec des gants de boxe, pas commode et inapproprié. Enfin, GrosGui était content d'avoir oursonné pendant une heure afin d'éliminer les excès de la veille.

Le beau temps était de retour, synonyme d'une promesse de croix pour Victor, qui parvint à me convaincre de remonter à Arbin pour défourailler la vire et explorer la gauche de la falaise à la recherche de nouvelles voies à équiper. L'objectif fut atteint de mon côté puisque de cette exploration naitra certainement trois voies majeures dans un caillou de rêve rappelant étonnamment le sud, une fois le socle purgé. Victor eut moins de chance dans ses tentatives en se steakant férocement le doigt dans le bi de Startrique qui lui résiste donc toujours.

LaCombe se donnait rendez-vous le lendemain sur les pistes des Saisies en compagnie du Monitor qui en profita pour dispenser son expérience à notre nouvelle recrue, le GrosGui. Trente Kilomètres et presque autant de chutes plus tard, le jeune CRS avait son compte pour la semaine. SoSo plus raisonnable se contenta d'appliquer les conseils du maitre sur la traditionnelle et classique Marmotton, trois kilomètres sans bâton, rien de mieux pour ressentir ses cuisses et pour optimiser la position du corps.

Semaine sportive rime avec Fréterive. Toujours accompagné du noyau dur de LaCombe, Victor et Antoine, nous partîmes en direction de ce spot majeur au chemin bucolique et semé d'embuches pour quelqu'un de non-averti. Évidemment, passer 2 gués, rouler sur un chemin carrossable pendant presque deux kilomètres pour finir par une via-cordata, c'est un peu l'aventure. Mais une fois sur cette vire, je ne le redirai jamais assez, la magie opère : de beaux dévers dans du caillou aux belles couleurs avec une vue imprenable sur la vallée sans le tumulte de l'agitation humaine. Malheureusement, il faut venir ici pour essayer les voies dans le 8ème degré, sinon vous serez vite contraint d'enlever les ronces descendantes, vous barrant le passage. Enfin si vous êtes un peu jardinier dans l'âme, vous découvrirez, après votre élagage, des trésors cachés qui vous récompenseront de tous vos efforts. Sur la vire du bas, équipée plus récemment ( les ronces n'ont pas refait leur apparition) les voies sont d'un niveau globalement moins élevé. En effet, ici point de 8c, mais une profusion de voies entre le 7c et le 8a avec deux 8a+ atypiques : dilatée à trois et Ô Mgr Lefebvre. Cette dernière est même entièrement naturelle ce qui n'est malheureusement pas le cas pour bon nombre d'autres voies. Néanmoins, j'ai essayé de bricoler le plus discrètement possible le court dévers, dénué de prises, pour proposer des itinéraires logiques et forçus où tout se déroule dans les cinq premiers mètres, amateurs de bourrinage, vous êtes les bienvenus. Dans ces conditions, Victor s'octroya une bien belle croix avec Beurreur de raie en 7b+ court et teigneux, alors qu'Antoine se contenta de mouliner dans la Poutre d'Obama Ko en 7a avant de s'envoler sur la state en place, en pendulant comme un forcené. La palme de la plus grosse loose de la journée me revint logiquement lorsque je zippais de la main droite à la fin du crux de Papa Poule, 7c+/8a, anéantissant ma meilleure chance d'enchainer la voie. En effet, les essais suivant furent infructueux et je ne parvins jamais à réitérer une si belle montée. Comme je dis toujours, il faudra revenir pour faire la FA.

Chez LaCombe nous avons deux B.A à réaliser dans l'année : une semaine à Nice, l'été, à se dorer la pilule sur les plages de la promenade des Anglais, bondés, tels des sardines en boite sauce piment, mes préférées et une semaine dans le sein des seins de la déchéance humaine, La banlieue parisienne, chez mes parents, pour profiter des joies de l'urbanisation excessive et de la quiétude des boulevards périphériques. Néanmoins, dans ce cadre hostile à toutes activités sportives, les Banlieusards peuvent profiter de spots de renommés internationales tel que Fontainebleau pour bloqueurs amateurs d'explosivités et de La Roque pour falaisistes amateurs d'explosivités!!! Cette filière serait alors fortement recommandée pour se faire plaisir et cela tombait bien vu ma très forte envie de tout exploser en arrivant là-bas. Premier jour : visite de Paris, plus précisément le Muséum d'histoire naturelle (avec une SoSo prof de bio...) pour une rencontre avec nos ancêtres, notez le réalisme de la mise en scène où nos chers primates sont présentés en train d'essayer de s'accoupler, puis passage obligé par le Panthéon afin de ressentir la force des grands hommes et puiser ainsi l’énergie nécessaire à la réalisation de mon projet.

En effet, ce petit voyage organisé avait aussi pour but une voie historique de La Roque, la fameuse Trivellini, enchaînée en libre dans les années 80 par JM Gosselin, et qui m'avait résisté lors de ma dernière visite. Il faut dire que le caractère particulier de cette voie ne laisse que peu de tentatives dans la journée tellement les prises sont agressives, surtout dans le crux où les bi vous coupent littéralement les doigts. Ainsi j'avais du abdiquer devant la douleur, m'étant strapé trop tardivement. Pas de souci, cette fois-ci j'abordais le pied de la voie les doigts complètement enroulés par la petite bande blanche. Et cela a fonctionné!!! aucune douleur pour résoudre les 15 mouvements de cette magnifique ligne avec son croisé torride, du bi main droite vers la réglette main gauche, si esthétique. Et un autre petit 8a dans la poche, marquant la fin de la trilogie des Spéléologues. SoSo profita du soleil pour sortir ses plus beaux habits, et se délecta de Molto vivace et Tickle en 6a+, assez sous-cotées mais magnifiques avant de se battre dans Fifi 7a courte et bloc comme il se doit. PaPé se transforma en Papi poule pour faire découvrir l'ensemble du secteur à Manon, en attendant que ses parents redescendent.

Belle journée, bonne grimpe, un moyen de monter sur notre petit nuage oubliant un instant le stress urbain. La Roque reste un de ces coins paisibles où le temps sera suspendu pour vous offrir de bons moments de détente, bercés par les vols de cygne et le va-et-vient intermittent des péniches clapotant sur la Seine.


dimanche 20 février 2011

Le rêve brisé.


Week-end de chassé-croisé, bison futé broie du noir, mais il n'est pas seul. En effet, les grimpeurs de LaCombe aussi depuis que leurs rêves de 8b se sont brisés comme un fragile verre de cristal tenu par une main de fonctionnaire en manque de vacances. Cette semaine aura vu son lot de désillusions croître à la vitesse grand V, tandis que, impuissant, j' assistais à tout ça depuis mon clavier fétiche.
Grâce aux miracles d' internet et des sites communautaires nous échangeâmes avec Lez nos impressions et méthodes sur la dernière voie dure d' Arbin, 3 hommes et un trou fin. La section bloc d'une dizaine de mouvements nous laissait du fil à retordre, néanmoins lors de beaux essais respectifs nous étions à deux doigts, disons plutôt à un mouvement de la faire. Ainsi, accompagnés de Man, qui flasha et décota, sans trembler, Teube raideur puis le bon, la brute et le trou béant, mon moral était au plus haut, et grâce à ses insultes généreuses et imagées, je parvins à dérouler mon escalade sans pression pour venir à bout du premier crux. Le haut de la vague en quelque sorte, puisque deux jours plus tard cette promesse de réaliser un vrai 8b fût brisée par un simple mail de mon homologue Lez, alors que je me vidais, terrassé par une gastro foudroyante, m'annonçant que Mister Chollat avait fait la voie en passant 2m sur la gauche avec des bacs, sans être gêné pour clipper les dégaines ! Erreur d' équipement, habitudes de passer au plus simple sans tenir compte de l' itinéraire ? Le mercredi d' après, j' avais ma réponse alors que remontant là haut pour apporter des modifications, j' assistais à la même scène avec Matt Bouyoud. Il semblait alors évident de transformer la voie pour en faire un simple 7c doucement nommé 20000 vieux sous mémères, tellement plus homogène. Quelques instants plus tard, deux nouveaux itinéraires voyaient donc le jour, c'est cool les spits, tu commandes et 10 minutes plus tard t' as une nouvelle voie. J' appris également que certains cadors de la varappe nationale tels Fab Dugit et mon cher "ami" de Fréterive, Didier Angonin, avaient croité dans Merlin l'emmancheur, définitivement 8a+/b et Startrique 8a. Quand la poisse s' installe...

2ème acte, Brison, le rêve brisé.



Premier secteur, l'appétit va et les grimasses aussi.

Cette nouvelle falaise exploitée par l' insatiable Lez, me donnait de grands espoirs de potentiels projets, mais comme beaucoup de secteurs autour du lac, mes espérances furent vaines. En effet, malgré les commentaires plutôt élogieux de NiKo et de LaCuvette sur le coin, je ne trouvais pas de voies réellement attirantes. La faible hauteur des voies, leurs tracés tirés par les cheveux pour la plupart des secteurs et la qualité du caillou me donnaient une impression de déjà vu, une sorte de côte rousse, les aboiements en moins. Seuls les secteurs du haut et de droite offrent des lignes visuellement motivantes.

Nico dans Triple pets, secteur de droite






Puis Victor dans Triple pets

D'ailleurs je vous conseille vivement Triple pets en 7b+ et son final vraiment mythique ainsi que Was den en 7a+. En haut, il semble que Super tracteur 7c soit la voie à faire. Si vous souhaitez bourriner sur 5m, Belzébuth 8a est faite pour vous avec ses colos traumatisantes et ses grands mouvements pieds à plat. Attention une bonne dose de force et de corne sont requisses, pour espérer triompher dans cette voie au style radical et très typé Côte rousse. Eh oui, on revient toujours aux basiques et certains seraient étonnés de retrouver à coté de chez eux ce qu' ils sont allés chercher si loin. Il reste le premier secteur, dédié aux amateurs de dalle style Mouriès. Rien de vraiment extrême si ce n'est cette ligne au nom parfait qui attire irrémédiablement les yeux : Brison les rêves, en 7c+. C'est un secteur parfait pour l' échauffement des cuisses et des mollets, muscles très sollicités par les grimpeurs de LaCombe. Ainsi dans Briseur de rêve 6b+, vous apprendrez à pousser sur les jambes et à mettre les pieds sur le néant alors que dans Combat de coq 6a+ votre souplesse sera mise à contribution.


SoSo dans Combat de coq

SoSo dans Briseur de chaine

Il faudra donc revenir pour se faire un deuxième avis et essayer de bouger dans ces voies dures, car il ne faut jamais rester sur une première impression, quelle soit bonne ou mauvaise, sinon on resterait toujours à la maison devant son clavier pour écrire des débilités sans intérêt. Un nouveau site se doit d' être découvert dans son ensemble pour en apprécier toutes les facettes et reconnaître le travail de l'équipeur.

dimanche 30 janvier 2011

La fin d'une aventure.


... Eh oui, après vous avoir soûlé pendant des mois avec ma falaise, le secret spot d'Arbin, et plus particulièrement avec une voie au doux nom nuancé, je peux enfin annoncer à tout le monde ma réussite.

Ne faisons pas dans la modestie, annonçons gros : j'ai fais mon premier 8b avec Merlin l'emmancheur. Il ne s'agit certes pas d'un 8b de référence savoyard tel Babouin à la Chambotte, enfin comme référence on peut trouver mieux, mais cela permettra à mes chers lecteurs de se faire une idée sur cette voie. Ainsi, selon les infos données par Mat Bouyoud, grand pourfendeur de voies extrêmes, défricheur de falaises et first ascensionneur de cette dernière, il s'agirait d'un 8a+/b. Comme je ne suis pas de ceux qui pratiquent les demies demi-cotations ( pour rappel 7c+, c'est déjà une cotation intermédiaire entre 7c et 8a) et qu'il faut bien trancher et homogénéiser par rapport aux autres voies du spot, j'annonce 8b. C'est peut-être mon coté maso, pourtant profondément enfoui, qui me pousse, à l'instar du dominé face à sa maîtresse SM réclamant des coups de cravaches, parce qu'il est méchant le coquin, à surcoter cette voie pour me la faire raboter violemment par tous les mutants Chambériens. Enfin, à la manière de certains extraterrestres de la varappe qui,voulant aguicher de potentiels répétiteurs, proposent des cotations généreuses, j'ai voulu surfer sur cette mode du discount pour motiver les grimpeurs de LaCombe à venir, sur cette petite vire foireuse, essayer ce bijou amoureusement équipé par mes soins.


Comment en arriver là ? Grâce à un entraînement acharné, partagé entre séances de fond et séances de force, avec mon maître, le Pierrot, entraîneur hors-pair et collègue de boulot, je suis devenu une machine. Imaginez un peu une semaine où chaque temps mort, et ce n'est pas ce qui manque, est converti en exercices de force à l'aide d'un torchon, fouettant comme des dingues à tout va, sur tout les supports, travaillant ainsi l'explosivité et le moral de nos autres collègues, ceci associé au régime bio de Soso, à base de légumes et viandes gouteuses. Le week-end, toujours accompagné du plus communiste des monégasques, je travaillais le mental, aux Saisies, en enchaînant les kilomètres de skating par tous les temps et toutes les conditions de neige, défiant même la maladie, pour devenir plus fort. Après un mois de ce traitement radical et autant de frustrations à regarder les belles journées de collante derrière les vitres de mon "laboratoire de recherche", les résultats tombent enfin : plus con que jamais mais une capacité de récup' exemplaire. Pourtant, on m'avait dit que pour perfer en escalade il suffisait de perdre des kilos, j'aurais juste démontré qu'on peut réussir en perdant seulement quelques neurones.



Le dévers des horreurs!! avec stratrique 8a dans la coulée grise du fond,
puis Merlin l'emmancheur 8b et Alerte à malaucul 8a+ avec les paires.

Mais assez de discussions stériles, des actes, ou plutôt des mots pour décrire cette voie. Merlin l'emmancheur est une voie d'une bonne trentaine de mètres pour 25 mouvs durs, se décomposant en plusieurs parties avec deux crux. Après 5m d'escalade facile mais délicate sur du mauvais caillou, on rejoint une bonne fissure qui conduit au début du dévers. D'ici on se rend compte que ça penche plutôt fort. Dès les premiers mouvements le ton est donné avec de petites prises à arquer pour arriver sur une bonne main droite permettant de clipper. On rentre alors dans le crux qui consiste en un croisé torride d'une mauvaise pince main gauche qu'il faut ramener sous l'aisselle droite pour atteindre une pincette main droite, puis remonter le pied gauche à la hauteur de la main gauche, sur une pente, en gainant comme un âne pour attraper une colo fuyante. Ahhh, je me souviens du cri de putois poussé à ce moment là, tel un Chris Sharma dans ses 9b. Puis le repos, suivi du deuxième crux plus technique avec croix de fer, épaule, mouvements d'amplitudes, verrous de doigts, inversée... simplement génial. La fin se déroule sur un pseudo pilier de 10m vraiment plaisant à grimper où la chute n'est plus possible normalement tant les prises sont généreuses, enfin méfiez-vous quand même des quelques arquées permettant d'atteindre les bacs.



Après la séance de vol...

Évidemment, rien n'aurait été possible sans la très bonne dynamique de groupe, moteur indispensable à la réussite des projets. Il en aura fallu du courage et de la motivation aux p'tits jeunes de LaCombe, Victor, Antoine, Romain et Pierre pour se taper le chemin d'accès presque chaque semaine afin de venir m'assurer et m'encourager. Cela a su créer une ambiance cool et permis de nous dépasser. En effet, Victor s'adjugea, ce même jour, Teube raideur en 7c, en utilisant la superbe méthode tout en croix de fer de NiKo, alors que Romain se lançait, bien malgré lui, dans une école de vol pour travailler son mental, pendant qu'Antoine, à l'aide de sa binette fétiche, terrassait l'étroit pied de falaise pour en faire une vire de plus en plus confortable, entre deux essais de kosovar dans Startrique. De bons souvenirs assurément.
Mais des souvenirs, il y en aura encore puisqu'il reste encore des voies à enchaîner, dont une qui surclasse les autres en difficulté, il s'agit de 3 hommes et un trou fin, dont le nom laisse suggérer un gros combat en perspective pour venir à bout des pas de bloc retords du crux. Pourvu que le temps et la motivation du groupe soient encore clément, j'ai déjà hâte!!!


Croix de fer...
Victor lors de l’enchaînement de Teube raideur 7c


Pierre dans Manon des bourses 7a